Pour célébrer un cap dans ma vie, j'ai voulu me faire plaisir en achetant l'ultime canne à mouche de ma collection. Je cherchais quelque chose de personnel et d'assez haut-de-gamme : une canne qui me ressemble et que je pourrais garder jusqu'à la fin de mes jours.

Parmi les fidèles membres de notre AAPPMA, nous avons la chance d'avoir un rod-maker passionné. Vincent. Son atelier regorge de trésors et son savoir-faire est celui d'un orfèvre. Après quelques échanges, nous nous sommes mis d'accord sur un blank américain Thomas & Thomas. Le modèle Avantt (il y a bien deux "t") est réputé pour sa polyvalence, sa légèreté poussée à l'extrême (moins de 80 g !) et surtout sa précision à longue distance. Dans sa catégorie, ce blank surpasse ses équivalents de marques plus répandues et, si l'on s'en tient à la vox populi, il fait certainement partie de meilleures cannes à mouche au monde. Du moins dans sa catégorie.

Seulement, légèreté et puissance combinées ont un coût : canne finie et vendue prête à pêcher, l'Avantt cote $855 en moyenne outre-Atlantique ; 895€ en France. En achetant uniquement le blank et en le confiant à un rod-maker confirmé, j'ai économisé près d'une centaine d'euros et ma canne est personnalisée. Cela vaut le coup de peser le pour et le contre...

Le souci du détail

L'Avantt se décline en plusieurs modèles : 8'6 (#3, #4), 9' (#4, #5, #6, #7), 10' (#4, #5, #6), tous en quatre brins. A noter que ces modèles sont disponibles chez le fabricant aux Etats-Unis (www.thomasandthomas.com) ; vous n'aurez peut-être pas un si large choix chez les distributeurs français.

Ayant toujours eu une préférence pour les cannes de 9 pieds, mon choix s'est porté sur une 9' #5 qui est la canne à mouche polyvalente par excellence. Elle permet de pêcher toutes sortes de cours d'eau et des poissons de tailles respectables, que ce soit en sèche ou à la nymphe. Quelques pêcheurs américains ont aussi testé cette canne avec des streamers et leur retour est positif.

Avec le blank en mains, le rod-maker doit encore réaliser le porte-moulinet, la poignée en liège, ajouter et ligaturer les anneaux et éventuellement ajouter une fioriture personnelle de son choix. Au final, on se retrouve avec une canne haut-de-gamme, à ses couleurs et à sa main.

Pour se différencier des autres cannes livrées en étui PVC entoilé, l'Avantt prend place dans un étui en aluminium. Un bouchon en alliage d'étain composé d'argent et d'autres métaux à bas-point de fusion se visse sur l'embout et un joint en caoutchouc assure l'étanchéité. Voilà qui donne du style à cette canne qui n'a franchement pas besoin d'un tel luxe pour se distinguer.

Sur les cannes sorties d'usine, les brins sont numérotés et chaque référence est peinte à la main. Cela permet de repérer les morceaux lorsqu'on possède plusieurs cannes de longueurs/puissances différentes et éventuellement de commander un brin cassé. Ce n'est pas le cas sur les blanks seuls, où il appartient au rod-maker d'apposer ou non sa patte pour repérer les éléments.

1) L'étui est en aluminium. 2) Le porte-moulinet sur mesure. 3) Les ligatures personnalisées. 4) La touche finale : "Haste Yea Back!" ou "Reviens-vite !" en écossais.

Puissance et légèreté

Déballée et assemblée, l'Avantt est étonamment légère. La première prise en mains donne des frissons tellement ce fleuret fait fi de l'attraction terrestre. Sa rigidité aussi étonne de prime abord, mais elle est nécessaire pour accomplir son action rapide. C'est ce qui lui confère son extrême précision, en particulier lors des lancers lointains.

L'ouverture en 1e catégorie n'étant pas prévue avant le 13 mars, je me suis contenté d'essayer la canne dans mon jardin dans un premier temps, puis au bord de l'eau dans une pêcherie voisine. De grosses truites y ont été lâchées fin février et la place ne manque pas pour effectuer des lancers (en dehors des week-ends où l'endroit est bondé). La canne se plie à toutes les acrobaties et se montre docile. Il a suffi de quelques essais "à blanc" pour sentir la canne et jauger son comportement.

A courte distance, 8 lancers sur 10 atterrissent dans la vicinité de la cible. En essayant des lancers plus lointains, entre 20 et 25 mètres, la canne se montre d'une précision redoutable : après plusieurs séries de lancers, la cible est atteinte quasiment à chaque fois, en tenant compte aussi de la médiocrité du pêcheur ! Ce constat corrobore les propos des quelques moucheurs chevronnés qui l'ont essayée : plus on vise loin, plus la précision est grande.

Pour en avoir le coeur net, j'ai confié la canne à des mains inexpertes (tout en étant conscient du risque compte-tenu de la valeur du fleuret !). Là encore, l'Avantt excelle. "On dirait que c'est la canne qui veut m'apprendre à pêcher" me dit mon acolyte, pour encore asseoir les qualités de cette T&T.

Bien sûr, je n'ai pas pû m'empêcher de nouer une grosse mouche sèche sur ma queue de rat, profitant d'un beau soleil et de l'énorme masse de truites récemment déversée dans le plan d'eau. Ce n'est pas de la pêche au sens noble du terme, mais deux mouvements de bras et un poser délicat en plein sur le nez d'une Fario ont suffi à la faire gober. L'attaque du poisson et le combat qui a suivi n'ont pas été très spectaculaires. Ces poissons d'élevage n'ont pas le même degré de combativité que leurs congénères sauvages, mais la réaction de la canne est étonnante. Compte-tenu de sa légèreté et de sa rigidité, les sensations sont poussées à l'extrême, même avec un molasson au bout de la ligne. On sent le moindre frétillement ; on peut presque deviner les mensurations du poisson sans même l'avoir vu, tellement la canne est sensible.



Pour conclure, l'Avantt est la plus légère des cannes à action rapide que j'ai eu entre les mains. Elle est performante en termes de distance de lancer et de puissance de combat. A en juger par les essais que j'ai pu lire sur la toile, les (bonnes) notes attribuées ne sont pas galvaudées. Son seul défaut est son tarif dissuasif. Mais en y réflechissant bien, on s'aperçoit que pour réunir autant de qualités dans un fouet si léger, le cadeau que je me suis fait vaut largement son prix.

M.K.



"Vince Greg" : Profession rod-maker

Voilà un peu plus de quatre ans, Vincent s'est lancé dans la fabrication de cannes à mouche. Le phénomène n'est pas nouveau et permet aux pêcheurs les plus pointilleux de posséder des cannes "à leur main". D'essais en tâtonnements, puis en équipant son atelier personnel au fil du temps, cette passion du rod-making est vite devenue virale. A tel point qu'aujourd'hui, Vincent a dû déclarer son activité. Outre ses réalisations entièrement "maison", notamment ses cannes en fibre de verre, Vincent peut vous confectionner une canne haut-de-gamme à partir d'un blank du commerce. La plupart des fabricants proposent ce service, mais quand c'est fait à côté de chez soi, c'est encore mieux ! Quelques-unes de ses plus belles réalisations (dont celle-ci !) sont visibles sur sa page Facebook: https://www.facebook.com/VG.Rodbuilding